On pensait le format flash intouchable et incontournable sur le web, Steeve Job n’a à priori pas le même avis de son utilisation sur ses produits Apple.
Le différend entre Apple et Adobe au sujet du format Flash s’invite au plus haut niveau. Dans une longue
lettre ouverte publiée jeudi, le PDG d’Apple, Steve Jobs, a détaillé les raisons qui l’ont conduit à interdire les animations et les vidéos en Flash sur l’iPhone, l’iPod touch et l’iPad. Alors que des représentants d’Adobe ont manifesté à plusieurs reprises leur incompréhension et critiqué les barrières hérissées par Apple autour de ses produits, Steve Jobs affirme que cette décision a été prise uniquement sur des critères techniques, et non commerciaux.
Le co-fondateur d’Apple fournit ainsi pas moins de six motivations à ce refus.
1. Un système fermé. Aussi surprenant que cela puisse paraître, c’est bien Apple qui reproche à Adobe d’avoir un produit « 100 % propriétaire ». Et ce, alors que les Mac, iPhone et iPod sont sans doute les objets les plus fermés de tout le secteur informatique, Apple exerçant un contrôle strict sur ce qui peut être installé dessus. L’exemple du Flash l’illustre parfaitement.
2. Flash ne sert à rien. Selon Steve Jobs, tout ce que Flash fait peut être obtenu avec d’autres technologies plus modernes et efficaces, comme HTML 5. Un argument fondé, mais qui pêche lorsque le patron de la Pomme aborde les mini-jeux, très nombreux en Flash. Il explique que ces jeux ne sont certes pas disponibles sur les produits d’Apple, mais que ce n’est pas grave puisque plus de 50.000 jeux « non Flash » peuvent être téléchargés sur l’App Store. Il contourne habilement le problème du prix des applications sur le magasin d’Apple, préférant expliquer que « beaucoup d’entre eux sont gratuits ».
3. Fiabilité, sécurité et performance. Steve Jobs rappelle que Symantec a classé Adobe dans les mauvais élèves en matière de sécurité, et que Flash est responsable de nombreux problèmes de crash sur les ordinateurs Mac. De plus, il estime que Flash est une technologie qui appartient au passé et demande beaucoup trop de ressources, à l’heure où les composants nomades sont limités dans leurs performances. « Nous avons demandé à Adobe de nous montrer que Flash fonctionne bien sur les appareils nomades [...] nous ne l’avons jamais vu », explique Steve Jobs.
4. Longévité des batteries. Pour le patron d’Apple, un autre défaut du Flash est qu’il entraîne une surconsommation de ressources énergétiques. Et il est vrai que Flash est très, très gourmand. Beaucoup trop pour des appareils (comme l’iPhone) dont la batterie déçoit déjà ses utilisateurs…
5. Interface tactile. La technologie Flash utilise souvent le concept de « rollover », qui déclenche une action lorsque le curseur de la souris survole une zone de l’écran. Mais « l’interface tactile multi-touch révolutionnaire d’Apple n’utilise pas de souris », explique Steve Jobs. Selon lui, il faudrait donc revoir intégralement les fonctionnalités des services utilisant Flash, et les développeurs auraient plutôt intérêt à utiliser des technologies plus modernes.
6. Dépendance. La « raison la plus importante », selon Steve Jobs, c’est la dépendance dont souffrirait Apple vis-à-vis d’Adobe, si Flash devenait un élément majeur de ses produits. L’argument est hautement stratégique : « Nous ne pouvons pas être à la merci d’une tierce partie qui déciderait si et quand nos avancées seront utilisables par nos développeurs ». On retrouve ici la volonté de contrôle absolu de la Pomme sur tous ses produits et sur les logiciels qui les équipent.
«Flash a été créé durant l’ère des PC pour les PC et les souris», résume donc Steve Jobs, qui recommande à Adobe de se concentrer davantage sur le futur «au lieu de critiquer Apple pour avoir tiré un trait sur le passé». L’avenir, explique-t-il, serait aux formats ouverts sur Internet, et notamment au HTML5. Au grand dam d’Adobe, ces nouveaux outils permettent d’inclure des vidéos sur les pages Internet sans avoir besoin d’installer le plugin Flash sur son ordinateur ou son mobile. Déjà, des médias américains ont modifié leur site pour inclure de la vidéo en HTML 5, rappelle encore Steve Jobs.
Une communication de crise
Malgré tout, l’absence de Flash dans la navigation Internet figure toujours parmi les défauts les plus souvent associés à l’iPad et à l’iPhone. Elle vaut aussi à Apple des critiques répétées sur Internet. Courant avril, un salarié d’Adobe a publiquement recommandé à Apple d’«aller se faire voir». Ses concurrents en profitent aussi. En début de semaine, le responsable du développement d’Android, Andy Rubin, a comparé les restrictions d’Apple à la politique de la Corée du Nord et annoncé que les futurs téléphones Google intégreront Flash. Dans la Silicon Valley, des rumeurs suggèrent que l’affaire pourrait être portée devant la justice.
La lettre ouverte publiée jeudi montre que ces péripéties sont prises très au sérieux chez Apple. Steve Jobs avait déjà eu recours au même procédé pour sortir Apple d’autres situations de crise. Il avait répondu à Greenpeace, qui accusait les Mac d’être trop peu écologiques, s’était prononcé sur la fin des verrous sur les morceaux de musique (DRM) et avait annoncé sa maladie et son retrait temporaire. Dans cette bataille aussi technique que médiatique, Steve Jobs a toutefois évité de s’appuyer sur un allié inattendu, Microsoft, dont le nouveau système d’exploitation mobile, Windows Phone 7, ne sera pas compatible avec Flash.